Les Français vont plus souvent au cinéma pour se protéger de la canicule (les journaux). Dans le courant des années soixante ou soixante-dix du siècle dernier, quand le cinéma était encore le septième art, les films français étaient considérés comme très hermétiques et trop intellectuels par certains, tandis que les salles de cinémas étaient désuètes et inconfortables, froides ou surchauffées l’hiver, étouffantes l’été. D’ailleurs en 1968 Pauline Kael, critique de cinéma du New Yorker, avait écrit : A French movie is no action flick screened at a Left Bank fleepit. En somme, les films français étaient barbants, sans aucune action et projetés dans des salles miteuses.
A l’époque, en fac, on se demandait si l’on allait sécher les cours pour aller voir les derniers films de Louis Malle, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Alain Resnais, Jean-Pierre Melville etc. Je me souviens d’une séance de Out One Spectre de Jacques Rivette en deux fois 2 heures et demie (j’ai raté la projection unique de la version complète de 13 heures), organisée par des étudiants, avec pause sandwich et bières, dans un ancien théâtre quasiment désaffecté. J’ai eu mal aux fesses jusqu’au lendemain, mais quel film !
Aujourd’hui, le cinéma n’est plus qu’une industrie, les films français sont remplis de scènes d’action (AKA, Balle Perdue, Farang, Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Montecristo, etc.), les salles de cinéma ont des sièges de classe affaire d’avion et elles sont climatisées. Si elle était encore en vie, Pauline Kael serait sans doute ravie. Dans plusieurs villes d’Asie, à l’avant des bus et sur les devantures de magasins, on peut voir cette inscription en grosses lettres : AIR CON (pour air conditioning), ce qui fait dire aux Français facétieux de passage que tout le monde a l’air con, ici. Le cinéma français lui aussi à l’air con, de nos jours.
